La Pédagogie Richard Cross aux Antilles...



    A une époque de mondialisation où, en Guadeloupe, sous couvert d'échanges, l'envahissement culturel devient prépondérant, que reste-t-il de notre identité vocale ? Si la question de « l'échange culturel » concerne en principe toutes les formes d'expressions orales, que proposons-nous à l'Autre ? Quelles spécificités vocales?
    La voix en Guadeloupe a ses particularités et son histoire. Fortement imprégnée de la langue kréyol, elle nait elle aussi du croisement de cultures diverses sur son territoire. Elle a un accent, une intonation, une musicalité, une couleur vocale à nulle autre pareille ... à condition que celui ou celle qui la porte ne soit pas encore tombé(e) dans une sorte de mimétisme ou de dépersonnalisation vocale comme nous le constatons aujourd'hui dans le domaine musical suite au développement actuel des moyens de communications (média, Internet, Facebook ... ).   
    L’art, c'est l'art et il ne se juge pas… chaque style musical a une approche spécifique de la technique vocale. Cependant, lorsqu'un chanteur de zouk choisit une couleur vocale de gospel moderne, son texte kréyol en devient parfois presqu'incompréhensible. De même pour celui qui aborde le chant gwoka avec une technique lyrique sans chercher à s'adapter au sentiment et à la technique vocale de ce chant traditionnel.
    En 2016, j'ai débuté mes recherches sur la vocalité guadeloupéenne par les chants gwoka, qui, selon moi, restent très proches de la mémoire et de l'expression vocale des anciens. Ces chants recèlent une richesse extraordinaire qui n'a rien à envier aux autres. Mais la culture vocale guadeloupéenne ne se limite pas au gwoka seul. On retrouve cette  authenticité dans d'autres genres, mais plus rarement, suite au choix (plus ou moins involontaire) des artistes de travestir leur voix pour qu'elle ressemble à celle des chanteurs à la mode. Car la voix censée refléter notre personnalité ressemble malheureusement à celle d'un autre, que ce soit celle d’un rappeur Américain, d’un acteur de feuilleton télévisé ou d’une star parmi les étoiles internationales …
    Ce choix relève sans doute d'un désir profond de reconnaissance. Or, j’affirme que la reconnaissance de notre art à un niveau international est étroitement liée à notre capacité de défendre nos valeurs. Il s’agit d’assumer la fierté de ce que l'on est, la capacité de développer, à partir de l'imprégnation de notre culture, un style nouveau et de vouloir décoloniser notre voix d'influences non contrôlées.

    José-Gérard TOUCET
    formateur FoVMACO en Guadeloupe & Martinique